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Sévérité à l'école

Ce troisième témoignage mis en ligne sur Etat de droit tranche avec les deux premiers en ce qu'il offre la vision d'une école fort différente de celle d'aujourd'hui : l'école française des années 1950... Ce témoignage est écrit au style indirect suite à un entretien téléphonique. Il a été validé par son auteur.

Ecole des années 1950 en France : une époque où l'on pouvait rapidement être exclue de tout le système Education nationale

Par Brigitte, collégienne à la fin des années 1950

Année 1959. Brigitte est en classe de 4e dans un collège public. Son dossier n'est pas très favorable : elle est réputée insolente (pour son époque), agitée, peu travailleuse bien qu'ayant « des capacités ». Elle n'a cependant jusqu'alors jamais rien commis de bien grave.

Un jour, durant la cantine, au cours d'un chahut, elle fait tomber un élève de sa chaise, sans gravité pour ce dernier. Mais la chaise, en tombant elle aussi, casse malencontreusement une grande vitre... Brigitte avait bien projeté de faire tomber l'élève ; en revanche, elle n'a jamais voulu casser la vitre.

Arrive alors une surveillante de cantine. Brigitte a « des mots avec elle » : la surveillante l'engueule ; Brigitte répond par l'insulte.

Nous pourrions donc hiérarchiser ainsi les fautes commises (par ordre de gravité croissante) :
— Brigitte a d'abord voulu faire une mauvaise farce à un camarade ;
— malheureusement pour elle, conséquence imprévue, elle casse une vitre sans le faire exprès ;
— puis, emportée dans son élan, elle « surréagit » à une réprimande en insultant une surveillante.

Quelle fut la punition ?

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Rappelons-le, c'était il y a 50 ans. La sanction tombe vite à l'issue d'un conseil de discipline : Brigitte sera renvoyée définitivement de son établissement. Tout juste lui permet-on de finir l'année en cours. Mais à l'époque, un élève renvoyé n'est pas réintégré d'office dans un autre établissement public...

Et pour sa rentrée en classe de 3e, ce qui était prévisible se confirme : aucun établissement public ne l'accepte. Brigitte se retrouve donc totalement exclue de l'Education nationale de cette époque-là.

Ses parents se retournent alors vers le privé et décident au final de placer Brigitte en pension, dans une pension « assez dure » (...pour l'époque, c'est-à-dire très stricte vue d'aujourd'hui) gérée par des religieuses.

Voilà ce qu'il en coûtait de briser une vitre et d'avoir un mot de trop en 1959.

Avril 2009

La réponse du site Etat de droit :

Bonjour Brigitte,

A la lecture des propositions d'Etat de droit, bien des personnes du monde de l'éducation en France réagissent par des cris d'orfraie : c'est un retour au passé ! La répression qui remplace l'éducation ! Etc. Votre témoignage permet de relativiser bien des choses. Loin de toute idéologie, il relate simplement des faits vécus et rend possible la comparaison entre différents systèmes expérimentés ou à venir en matière de discipline à l'école.

On pourrait en effet l'utiliser en posant la question suivante : pour les mêmes fautes commises, que se passe-t-il aujourd'hui et que se passerait-il si les propositions du site Etat de droit étaient adoptées ?

Réponse à l'aune de la terrible « répression » d'aujourd'hui selon les « règles » en vigueur à l'Education nationale depuis l'an 2000 : l'élève qui fait cela aujourd'hui risque surtout une petite réprimande. N'oublions pas que dans le cas de Brigitte, même si elle était dans le collimateur, c'était la première fois qu'elle commettait ce type de fautes. Fautes d'un niveau de gravité sans doute élevé pour son époque mais qui passent totalement inaperçues de nos jours, tellement cela est devenu monnaie courante un professeur ou une cantinière qui se fait insulter...

Pour ceux qui mettraient en doute la réponse institutionnelle mentionnée par Etat de droit (une réprimande dans la plupart des cas), qu'ils lisent quelques lignes de nos fameux Bulletins Officiels de l'Education Nationale !

Circulaire du 11 juillet 2000 (n° 2000-105) : les sanctions disciplinaires concernent les atteintes aux personnes et aux biens et les manquements graves aux obligations des élèves. Admettons que les actes de Brigitte entrent dans cette catégorie, bien qu'elle n'ait pas commis à l'époque de véritable atteinte physique aux personnes et que le bris de vitre était non intentionnel. Quel est le deuxième niveau de sanction disciplinaire prévu par cette circulaire du 11 juillet 2000 ? Le « blâme ». Définition du blâme selon l'Education nationale : il constitue une réprimande, un rappel à l'ordre verbal et solennel. Nous sommes bel et bien dans le monde de Oui-Oui...

Deuxième exemple. Que faut-il faire quand un collégien insulte les professeurs et commet des actes de violence ? Réponse du Bulletin Officiel du 4 novembre 1999 (Guide hors série) : les équipes pédagogiques doivent avant tout cerner la problématique du jeune, lui prodiguer une aide individualisée, etc. En 1999, Brigitte n'aurait peut-être même pas été réprimandée ! Seulement consolée et soutenue. D'autant qu'elle n'insulta pas de professeur, mais en 1999, si c'est une cantinière qui se fait insulter, cela compte-t-il ?

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Si maintenant les propositions du site Etat de droit étaient en vigueur, que risquerait un élève pour le bris involontaire d'une vitre et une insulte visant un professionnel de l'école ? Ce dernier cas de figure est prévu depuis longtemps dans l'inventaire des sanctions à l'école : au niveau du secondaire l'élève risquerait en l'occurrence entre 2 jours et 2 semaines de renvoi (s'il présente des excuses) ou jusqu'à un mois de renvoi (s'il s'obstine à ne jamais s'excuser, même à froid). Quant à la dégradation involontaire, Etat de droit ne prévoit pas de sanction disciplinaire dans ce cas-là... (Tout juste demanderait-on à l'élève ou sa famille de participer éventuellement au remboursement des dégâts occasionnés.)

Résumons-nous. Dans un cas comme celui de Brigitte, la sanction... :
— était le renvoi définitif de tout le système scolaire public (pas seulement d'un établissement) il y a 50 ans ;
— est insignifiante aujourd'hui (une réprimande, une heure de colle, voire rien du tout) ;
— serait grosso modo d'une ou deux semaines de renvoi, avec lettre d'excuse au retour à l'école, dans le cadre de la réforme de l'Éducation nationale proposée par Etat de droit.

Si la réponse du passé apparaît très sévère, que dire de la réponse du présent ? Pourquoi toujours passer d'un extrême à l'autre ? Ne pourrait-on pas enfin s'entendre sur une réponse modérée, équilibrée, qui ne tolère pas tout mais permet une réintégration rapide après la sanction ?

En tous les cas, Brigitte, votre témoignage apporte une réponse concrète à celles ou ceux qui seraient tentés de dire que les propositions du site Etat de droit constitueraient une sorte de retour au passé ou de « dangereuse dérive » répressive... La réalité est écrite noire sur blanc dans votre témoignage, dans les textes officiels, dans les propositions d'Etat de droit. Cette réalité, c'est que la réforme ici proposée — de nature technique — apporterait UN PEU PLUS de sévérité institutionnelle à l'école d'aujourd'hui mais conduirait à une école BEAUCOUP MOINS sévère qu'hier. On serait même tenté de dire : à une école beaucoup moins sévère qu'aujourd'hui dans les faits puisque le laxisme institutionnel permet aux élèves les plus violents d'exercer impunément brutalités et contraintes illégitimes en tout genre sur la majorité des autres enfants.

Les professeurs abusifs d'hier (une minorité pesante) ont été remplacés par les élèves abusifs d'aujourd'hui (autre minorité pesante). Où est le progrès ? Qu'il est dur d'être modéré dans un monde d'idéologues !

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