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Auteur

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Jean-Yves Willmann, professeur des écoles de 1997 à 2005. | Courriel

 

Thèmes privilégiés : réflexions sur l'enfant, sur l'école, nos droits et devoirs ; propositions de
réforme de l'Éducation nationale, propositions sur les droits de l'enfant, les sanctions à l'école,
le pouvoir des professeurs ; propositions de réforme de la Justice ; décryptage des textes institutionnels...

Pourquoi ce site ?

Pourquoi ce site ?

Cela fait des années que tout le monde donne son analyse de la situation française. Dans de rares cas, on trouve de vagues propositions (ou les habituelles demandes financières), quand ce ne sont pas de simples exhortations. Dans le secteur éducatif, surtout, on ne trouve essentiellement que des spécialistes qui théorisent ou recensent, des personnels scolaires qui décrivent leur vécu, et le plus grand nombre qui reste dans le flou.

 

Mais où sont les propositions CONCRÈTES, réfléchies, s'inscrivant dans un projet cohérent ?… Pour combler ce manque, j'ai travaillé à l'élaboration de propositions détaillées voire techniques, et surtout complémentaires, d'abord en matière scolaire puis en matières judiciaire et sociétale.

 

Constatant comme la plupart de mes collègues que l'autorité s'est profondément délitée en milieu scolaire, j'ai dû me rendre à l'évidence : je ne peux pas être d'accord avec le fait qu'on ait retiré aux personnels scolaires la plupart des attributs de l'autorité, à savoir qu'ils ont (institutionnellement) perdu le pouvoir de décider, d'exiger, de sanctionner, d'agir, de faire respecter le travail d'autrui ou de protéger les élèves les plus fragiles...

 

Estimant (à tort ou à raison) qu'il est impossible de faire évoluer significativement notre système scolaire public en restant à l'intérieur, j'en ai déduis qu'il me fallait présenter ma démission à mon inspecteur d'académie (Gironde). Après un premier refus de ce dernier, il a finalement consenti à l'accepter au 1er novembre 2005.

 

Les 18 premières propositions de la rubrique Education ont été conçues et mises au point en 2003 (hormis E4 et E9, finalisées en 2005). Une partie d'entre elles — E1, E10, E11, E12, E13, E13bis, E14, E16, E17 et E18 — furent déposées début 2004 à l'INPI, puis communiquées à quelques journalistes avec leurs ARGUMENTS respectifs.

Les raisons de ma démission

Les raisons de ma démission

Courrier du 25 octobre 2005 (les noms d'écoles ont été masqués) :

 

 
Monsieur l'Inspecteur d'Académie,


J'ai l'honneur de vous présenter à nouveau ma démission, à compter du 1er novembre 2005,
et j'espère que cette fois-ci vous l'accepterez.

J'ai pris soin de prévenir vos services dès la semaine dernière de façon à ce que l'on puisse pourvoir plus facilement à mon remplacement (dès le 7 novembre 2005, selon le calendrier établi avec le collègue avec qui je partage ma classe actuelle). J'ai également prévenu la secrétaire de Monsieur l'Inspecteur de l'Education Nationale de la circonscription de Mérignac.

J'ai bien conscience que cette décision est irréversible et c'est ce que je souhaite pleinement. Je n'éprouve pas le besoin de rencontrer une assistante sociale des personnels de l'Académie. Je ne souhaite pas être placé en disponibilité ; simplement que vous acceptiez ma démission. Mes raisons n'ont guère changé depuis 2002 ; je vous les rappelle succinctement ci-après.

Comme vous le savez, depuis un certain nombre de dispositions législatives et réglementaires (en particulier la loi d'orientation de 1989 et de nombreux décrets ou circulaires des années 1997 à 2000), les personnels scolaires du primaire n'ont, pour ainsi dire, plus le droit ni de sanctionner ni de punir ni même d'orienter préventivement les élèves lorsque ces derniers développent un comportement très perturbateur. (On pourrait ajouter que les personnels - à quel que niveau que ce soit - qui commettent des fautes flagrantes et répétées ne sont, eux non plus, presque jamais sanctionnés ; je m'abstiendrai ici de développer cet aspect de la situation actuelle, mais on pourra noter qu'il repose sur la même idéologie anti-sanction.)

Plus précisément, les enseignants du primaire n'ont actuellement :

— pas le droit de priver un élève de la totalité d'une récréation ;

— pas le droit de lui donner des lignes à copier ;

— pratiquement pas le droit de le réprimander ;

— pas le droit de le "coller" vers midi ou après la classe ;

— pas le droit de lui donner un devoir supplémentaire pour le lendemain (étant donné que de toute façon nous n'avons pas le doit de donner de devoir écrit à faire à la maison) ;

— pas le droit de le renvoyer de l'école, même pour quelques jours (ou c'est tellement exceptionnel qu'on en parle dans les journaux !) ;

— pratiquement pas le droit, ou tout au moins pas la possibilité de le séparer de sa classe pour un temps quelque peu significatif ;

— pas le droit d'user de la moindre petite "punition corporelle" sans conséquence pour la santé (du type : petite claque sur le pantalon d'un élève d'une dizaine d'années) ni même de légères contraintes physiques (du type : le ramener jusqu'à sa chaise en le prenant par le bras) quand bien même ledit élève désobéit fréquemment aux adultes, ou bien insulte un autre enfant, le menace de mort, le provoque avec brutalité, lui vole des affaires, lui crache dessus, le contraint arbitrairement, etc. etc. ;

— très peu le droit de le faire redoubler (une seule fois en fin de cycle, souvent au CE1, mais guère davantage), même lorsque son niveau personnel reste très très en deçà du niveau de classe théorique ;

— pratiquement pas le droit de l'orienter vers certaines filières spécialisées si les parents s'y opposent ;

— pas le droit de refuser une inscription, même si l'élève arrive en octobre, repart début janvier, revient en mars, repart en avril, etc. (exit la soi-disant "obligation scolaire").


Bien sûr, je résume... Quant à la possibilité de "convoquer" les parents, il s'agit plutôt de les convier à un rendez-vous auquel ces derniers sont parfaitement libres de venir... ou pas. D'ailleurs, avec certains élèves il est conseillé de photocopier le petit mot sur le carnet (pour en conserver une trace avant qu'ils ne le déchirent) ; dans d'autres cas, c'est un grand frère ou une grande sœur qui signe (avec le plein accord des parents) ; dans d'autres cas encore, plusieurs rencontres avec le même parent d'élève n'auront rien changé au comportement de l'enfant ; etc. etc. Et quand tout cela se multiplie plusieurs fois par jour dans chaque classe d'une même école, il ne reste plus aux enseignants qu'à "gérer le quotidien", en "colmatant les brèches" au jour le jour, ou d'heure en heure, comme je vous le disais déjà il y a 3 ans. C'est-à-dire que l'on ne règle jamais rien et que la situation de notre système scolaire public se dégrade chaque année un peu plus pour tendre vers une déliquescence quasi-programmée.

En ayant aboli le principe même de sanction, ce système a perdu ses règles, ses repères, son prestige. C'est un peu comme si l'on disait aux automobilistes : "vous n'avez pas le droit de rouler à 250 km/h, mais si vous le faites, on se contentera de vous dire que c'est interdit"...

Le résultat est toujours le même : à l'école D…, on était content lorsqu'un élève d'une classe arrivait à "s'en sortir" en obtenant un emploi précaire quelconque ; dans mon école actuelle F. B…, notre objectif, pour certains élèves officiellement inscrits en CM1, est qu'ils atteignent à peu près le niveau (réel) du CE2 dans les deux ans qui viennent (afin de pouvoir intégrer une SEGPA). C'est cocasse ! Nous nageons en pleine bouffonnerie ! Mais c'est la vérité : la plupart de mes actuels élèves de CM1 ont en fait un niveau réel qui s'étale entre le CE2 et le CP, voire la Grande Section...

Car en effet, qu'a-t-on le droit de faire actuellement lorsqu'un élève de CM1 ne sait ni lire ni écrire ni compter ni respecter un minimum de discipline en classe ? Il faut le "signaler". Bien entendu, il est déjà "signalé" depuis bien des années, mais qu'à cela ne tienne ! La seule possibilité que nous avons, c'est de continuer à le signaler jusqu'à ce qu'il ait au moins 11-12 ans, ce qui lui donne tout le temps de perturber une bonne demi-douzaine de classes, dans lesquelles figurent des dizaines d'enfants qui, eux, auraient bien voulu travailler...

Vous comprendrez, Monsieur l'Inspecteur d'Académie, que je ne puis cautionner ce système.

Je vous prie de croire, Monsieur l'Inspecteur d'Académie, à l'expression de mes sentiments
respectueux et dévoués.

Jean-Yves Willmann

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