« L'ENFANT ROI... FORME SUBTILE DE MALTRAITANCE » (Daniel Marcelli, Professeur de psychiatrie)
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Le constat du 20 février 2010
Education nationale : la peur du professeur et des professionnels de l'école avait quelque utilité
Madame, Monsieur, chères mamans, chers papas, ne nous faisons point trop d'illusions : les violences scolaires, la violence gratuite dans l'école ou hors l'école, aux abords des collèges ou lycées, toute cette brutalité juvénile apparemment inutile va continuer de croître pendant encore de longues années. Pas besoin d'être devin pour l'affirmer : la PEUR de l'adulte à l'école n'existe pratiquement plus dans nos chères petites têtes blondes ou brunes. Cette « bonne nouvelle » pour beaucoup nous apparaît comme une mauvaise nouvelle pour l'école. Ce n'est pas là un triste fatalisme car, répétons-le, la violence scolaire est solutionnable. On peut être pessimiste et constructif, voir la proche réalité en face — prédire sans difficulté que les tout prochains « Etats Généraux sur la sécurité à l'école » finiront comme le rapport Thélot : à la poubelle — et entrevoir les possibilités d'une amélioration future : par une réforme de l'éducation nationale incluant punitions et sanctions à l'école. Même si la formidable inertie de notre « Education nationale » rendra toute amélioration lente à venir.
A court terme, hélas, les choses sont donc pliées... Nous n'avons quasiment plus de marge de manœuvre. Il faut se l'avouer, nous avons sacrifié au moins une génération : celle des Enfants-Rois que nous n'aurons réussi qu'à faire chuter de très haut. Constat terrible. C'est l'histoire de la Bonne Intention qui se transforme en piège redoutable. On a voulu protéger les enfants en donnant plus de pouvoir aux parents d'élèves puis aux élèves. Par conséquent — principe des vases communicants — on en a enlevé aux professeurs et à toute l'institution « Education nationale ». Le site Etat de droit radote certes un peu... mais pour continuer de lutter contre l'idéologie anti-sanction à l'école et l'aveuglement qu'elle engendre, Etat de droit choisit aujourd'hui de revenir sur l'un de ses 4 principes directeurs : la nécessité d'avoir une autorité scolaire qui fasse un peu PEUR.
En quoi une peur modérée de l'institution — c'est-à-dire ici de ses représentants sur le terrain — serait-elle utile à l'école et même vitale pour sa préservation ? Sans chercher à en expliquer les raisons profondes, il semble que nous ne pouvons nous passer de cette étrange alliée qu'est la peur. Point d'idéologie dans cette timide assertion ; juste une série de constats à travers lesquels il apparaît que l'Homme fonctionne intrinsèquement avec la peur. Ce mécanisme naturel est un moindre mal lorsque la peur est maîtrisée, ou un mal abominable lorsqu'elle ne l'est pas. Ce n'est pas le premier paradoxe pointé par Etat de droit : pour éviter d'avoir la peur au ventre, il vaut mieux la laisser à l'esprit. (Suffisamment, sans excès inutile.) Quand on dérange la nature, la nature se venge.
Les scientifiques disent : rien ne se crée, tout se transforme. Disons-le autrement : rien de ce qui est naturel ne disparaît vraiment, tout réapparaît d'une manière ou d'une autre. Ainsi, la peur du professeur que l'on a voulu éradiquer par la grande porte de l'Assemblée Nationale et des ministères est réapparue via de multiples petites portes, sous la forme d'une peur bien plus grande, d'une peur généralisée qui s'infiltre par tous les pores distendus de l'école, qui peut aussi bien provenir d'un couloir que de l'intérieur d'une classe, de la cour de l'école que d'un individu ou groupe externe à cette école, d'un seul élève ou de plusieurs. La peur, désormais, peut venir d'en haut, d'en bas, avant l'école, pendant l'école, après l'école. C'est une peur qui est en passe de paralyser tout le système. C'est une peur non maîtrisée, une peur qui peut faire très mal. On a voulu se passer de frein, on a eu l'accident. Ce n'est qu'un début. Le début du carambolage en cours. Voilà le résultat de cette magnifique Bonne Intention qui consista au tournant des années 1980 à ériger en Progrès la fin de l'autorité des professeurs. Eh bien nous y voilà. Nos gentils « progressistes », partisans d'une éducation sans sanction, peuvent être fiers : l'école n'a jamais coûté aussi cher, n'a jamais été aussi inefficace ; les élèves ont rarement été aussi impolis et violents, et angoissés, et finalement victimes.
*
* *
Jadis, il y a fort longtemps — c'était au XXe siècle — dans les années 1980, nous avions peur de notre proviseur. Je vous conte ici ma petite expérience d'élève qui rejoint celle de beaucoup d'autres. Cette proviseur, donc, était glaciale voire hautaine, bref, peu sympathique. Néanmoins, dans cette posture, elle représentait l'Autorité suprême dans notre collège-lycée. Nul élève, même parmi les plus effrontés, n'aurait souhaité se retrouver dans son bureau. De fait, très peu y passèrent. ELLE était là. On la sentait, on la pressentait, mais nous ne la rencontrions presque jamais car nous cherchions à l'éviter, ce qui inclut de renoncer à commettre de trop grosses bêtises.
La seule présence de notre proviseur dans le lycée contribuait à donner à chaque professeur un pouvoir suffisant vis-à-vis des élèves. Elle était la DISSUASION. Presque invisible mais toujours présente à l'esprit de chacun. Question : est-ce que cette peur-là nous rendait la vie impossible ? Je ne pense pas. Elle créait plutôt cette inclination naturelle chez toute société humaine face à un danger potentiel : la solidarité. Ici, la solidarité entre élèves (voire entre professeurs et parents d'élèves). Du reste, cette peur n'était pas non plus une grande peur dans la mesure où elle ne reposait pas sur l'injustice. On ne se retrouvait pas pour rien dans le bureau de Madame le Proviseur. Répétons-le : très peu y passèrent. Cette petite peur, sourde et lancinante, qui n'occasionne finalement que peu d'effets indésirables, qui ne nous empêchait pas de vivre, avait cette vertu essentielle de fixer des limites claires et solides dans la palette comportementale de chacun d'entre nous.
Comment cette proviseur parvenait-elle à inspirer cette sourde crainte ? Parce qu'elle avait un réel pouvoir ! Parce que les sanctions existaient et qu'elles étaient suffisamment dissuasives ! Tandis qu'aujourd'hui nos malheureux chefs d'établissements et professeurs sont sous le joug des textes les plus puérils qui soient, textes dont le seul but est de les dissuader, eux, — professeurs, directeurs d'école, principaux, proviseurs... — de sévir un tant soit peu. Ces textes d'une Education nationale minée par l'idéologie anti-sanction sont la première cause de la violence à l'école. La prétendue cause naturelle d'une société qui deviendrait violente parce que ce serait dans l'air du temps, un peu comme par l'opération du Saint Esprit ou plutôt d'un Esprit Malin, cette prétendue cause déresponsabilisante au possible, Etat de droit ne l'accepte pas. C'est trop facile ! Et faux. Nous allons tenter de le démontrer.
Si la société devenait violente au point qu'on ne puisse plus rien y faire, si les jeunes ou moins jeunes les plus violents ne pouvaient être accessibles à la DISSUASION, alors la violence ne cesserait d'augmenter ad vitam aeternam. Ce qui n'est, si je puis dire, autant humainement que mathématiquement impossible. Et de fait, l'histoire humaine n'est pas linéaire. Il y a des accroissements de tensions et des décompressions. Parce qu'au-delà de certains niveaux, d'une certaine intensité, c'est comme pour la matière : les comportements finissent par changer. La molécule H2O ne réagit pas de la même manière selon que la température est inférieure à 0°C ou comprise entre 0 et 100°C ou supérieure à 100°C, ou avec des conditions de pression atmosphérique particulières, etc. Ce qui signifie : quand le contexte change, les comportements changent. Cela est valable pour la matière mais aussi pour nous. Nous sommes composés de matière ! C'est pourquoi, dès lors que les conditions seraient réunies, la dissuasion pourrait à nouveau exister à l'école. Et parmi ces conditions, il y a d'abord, avant tout, la nécessité absolue de remanier nos textes, cheval de bataille du site Etat de droit... Voilà pour la théorie. Passons à la pratique :
Deux anecdotes. La première a été directement vécue par celui qui écrit. En 1996, quelque part en Corse, un peu au-dessous du Cap Corse, je fus témoin de la scène suivante : une petite bande de jeunes adolescents de la banlieue parisienne s'en donnait à coeur joie depuis quelques dizaines de minutes, ne respectant pas grand-chose ni grand monde, en plein échauffement de petites incivilités croissantes et « violences ordinaires ». Dans un coin, sur un banc, se trouvaient trois vieux Corses. A un moment donné, l'un d'eux fit signe d'approcher à l'un des jeunes... Je ne sais pas ce qu'il lui a dit, mais ce qui est sûr c'est que 5 minutes après, tous les jeunes étaient calmés.
Deuxième anecdote. Celle-ci est très fraîche, de 2010. Je la tiens d'un gardien de prison qui me l'a raconté il y a quelques jours : dans une prison où il travaillait, comme cela arrive hélas trop fréquemment de jeunes délinquants étaient mêlés à des détenus purgeant de lourdes peines. Le jeune de 20 ans qui reste quelques mois côtoie ainsi celui de 40 qui en a prit pour 10 ou 15... Seule séparation : ils ne sont pas toujours au même étage. Souvent, les jeunes font du bruit tandis que les condamnés à de lourdes peines sont plus tranquilles. Dans cette prison-là, un de ces derniers était particulièrement respecté — craint — par ses co-détenus. Une nuit, à l'étage du dessus, un groupe de jeunes nouvellement arrivés a fait beaucoup de bruit. Le lendemain, le quarantenaire respecté est allé leur parler quelques secondes. Il ne voulait plus de bruit. Dès la nuit suivante, le calme est revenu.
Que nous apprennent ces deux anecdotes (qui d'ailleurs se ressemblent) ? Que personne est
inaccessible à la dissuasion. Qu'à partir du moment où vous avez du pouvoir, vous pouvez faire peur à
n'importe qui, et donc exercer une autorité suffisante pour que les comportements individuels se
conforment aux règles communément admises.
Les professeurs et autres personnels de l'école ont vu leur pouvoir fondre
comme neige au soleil en 25 ans ; c'est pourquoi ils ne font plus peur à personne ; il n'est donc
absolument pas étonnant que les élèves gagnent chaque jour un peu plus en impertinence, puis impolitesse, puis violence,
puis qu'ils se croient tout permis... Maintenant, nos hommes politiques s'étonnent des intrusions de groupes armés
(pour des règlements de compte entre jeunes) ou menaçants (pour faire pression contre des professeurs esseulés) dans les
écoles. Mais qu'ont-ils fait pour éviter cela ? Qu'ont-ils dit pendant des années ? Qu'il fallait toujours plus de «
compréhension » envers les plus violents de nos élèves ! Qu'il fallait pratiquer la grande Ouverture de l'Ecole !
On a accusé M. Jospin d'être naïf, mais vous êtes TOUS naïfs Mesdames et Messieurs les Ministres ! Vous avez TOUS
suivi le dictat des idéologues de l'Anti-sanction à l'école ! Vous n'y dirigez plus rien depuis longtemps...
Réécoutons cet exemple hautement dogmatique d'un ancien sous-ministre de l'Education nationale,
M. Darcos, dans le quotidien Sud Ouest du 16 octobre 2003 : il y déclara sa flamme à une école espace-ressource
à l'usage de toute la population, à l'image d'un centre culturel ou un équipement associatif.
Les actuelles intrusions violentes à l'école ne sont que le résultat de la politique de M. Darcos et de Mme Royal,
Responsables en Chef du désastre actuel. Trop facile de tout mettre sur le dos des Américains...
Février 2010 © Etat de droit / Jean-Yves Willmann
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Le billet du 13 janvier 2010
Lâcheté politique, immobilisme institutionnel, inertie de l'Education nationale = une décennie perdue
En matière d'éducation nationale, les années 1985 à 2000 furent particulièrement préjudiciables et, disons-le, dévastatrices du point de vue de l'autorité institutionnelle. Mais les années 2000 auront brillé par leur absence, ne rectifiant aucune des graves erreurs d'hier. Rarement communication aura autant rimé avec immobilisme.
On aura beaucoup parlé ces dernières années. Pour ne pas agir. On aura beaucoup crié : « au feu ! au feu ! » Mais personne, parmi nos Décideurs Institutionnels, n'aura pris la peine de se pencher sérieusement sur le grave problème actuel du manque d'autorité à l'école. Au lieu de prendre les mesures assez simples qui s'imposaient, ils ont préféré créer de Grands Débats et Commissions pour écrire ensuite des Rapports qui finissent invariablement dans la corbeille sans fond d'une République française de plus en plus artificielle.
Le problème d'une république, c'est qu'on ne pense qu'aux élections prochaines. Alors on fait croire au peuple qu'il est expert en tout pour se faire bien voir et être réélu. En réalité, bien sûr, on ne lui accorde aucun crédit. Mais en attendant, les problèmes de fond ne sont jamais réglés. A force de le dire, on tourne un peu en rond...
Beaucoup de choses ont ainsi été dites sur Etat de droit. Et répétées, ressassées... Mais il va donc nous falloir être patients et attendre. Attendre quoi ? Que la prise de conscience collective finisse un jour par s'enclencher. Quand donc ? Visiblement quand les choses auront continué d'empirer à tel point que cela en deviendra vraiment insupportable au peuple et qu'enfin ses « responsables » agiront.
Il va nous falloir prendre notre mal en patience et nous résoudre à cette plongée vers toujours plus de violence à l'école puisqu'en France on ne veut pas anticiper les problèmes. On préfère les subir. Malgré toute sa bonne volonté, le site Etat de droit ne peut pas beaucoup lutter contre ça !
Néanmoins, comme je veux croire à une petite influence — si j'en crois les plagiats de plus en plus répétés des propositions ou analyses de ce site, que ce soit sur Internet, dans la classe politique, ou même finalement un peu dans la sphère médiatique — poursuivons :
Sans prétendre à une grande nouveauté, les politiques ne sont pas les seuls en cause dans ce grand gâchis des années 2000. Les supposés vrais « experts en éducation » ne sont pas en reste. Ces experts en éducation auront pullulé sur les ondes, toutes les ondes. Mais voilà, ils ont d'emblée écarté tout regain de pouvoir aux professeurs. Cédant depuis longtemps à l'implacable lobby de l'Anti-Autorité en France, qui prône notamment une éducation des enfants sans aucune contrainte. Et quand on s'interdit la qualité, on ne mise plus que sur la quantité : il faut plus de sous, plus de professeurs, une formation plus longue, etc. Ce faisant, on a fragilisé tous les autres secteurs en crise, qui eux n'auront pas eu droit à ce regain de subsides : la Justice, les hôpitaux, le logement...
Et tout ça pour quoi ? Pour avoir une école moins efficace et moins sereine, une école où l'on n'a plus envie d'aller... C'est bien là le vrai scandale : on a retiré à d'autres ce qu'on a donné à l'éducation nationale de ce pays pour que cette éducation nationale fonctionne beaucoup moins bien qu'avant ! On le sait maintenant, la quantité ne remplacera jamais la qualité. Et la qualité ne reviendra pas tant que l'autorité institutionnelle des professeurs du primaire, du collège et des lycées ne sera pas restituée et rehaussée à un niveau suffisant.
Ce qui passe par cet inévitable pouvoir de sanction — mesuré, contrôlé, équilibré — que défend Etat de droit depuis de nombreuses années... Qui ne consisterait PAS à revenir au niveau de sévérité de l'école des années 1950 mais à un niveau de sévérité raisonnable : disons, à peu près, à équidistance des excès de sévérité d'hier et de l'excès de laxisme institutionnel d'aujourd'hui.
Etat de droit © Justice, autorité du professeur, école primaire, Education nationale