« L'ENFANT ROI... FORME SUBTILE DE MALTRAITANCE » (Daniel Marcelli, Professeur de psychiatrie)
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| Après cinq extraits (cliquer sur la photo), voici l'interview complète de J.Y. Willmann par C. Lacam sur Etat de droit | ![]() |
L'édito du 15 août 2011
L'indulgence dogmatique des Français comparée à la volonté d'efficacité des Anglais
Pour faire écho à l'édito précédent — Etat de droit et autorité de l'Etat — l'Angleterre est en passe de nous montrer une fois de plus ce qui manque parfois beaucoup en France : une autorité institutionnelle digne de ce nom, où le droit retrouve une force dissuasive suffisante.
Il ne s'agira pas ici d'analyser le passé — les erreurs politiques ayant pu être commises au Royaume-Uni, qui tendraient à expliquer en partie l'explosion des émeutes urbaines à Londres et en Angleterre — mais de constater la réaction du peuple et des autorités britanniques à tous niveaux pour résoudre le problème immédiat des violences.
Etat de droit a répertorié quelques-unes des principales réactions outre-manche :
> 1. Le Premier Ministre britannique ne fait pas dans la dentelle pour dissuader les auteurs des violences. Contrairement à ce qui se passe souvent en France, il ne se contente pas d'effets d'annonce. Son discours ferme apparaît assez crédible et dissuasif : malgré quelques critiques sur sa réactivité initiale et d'inévitables polémiques outre-manche, il a mis d'importants moyens de coercition en place (policiers, judiciaires) ET à l'étude (menaces de sanctions économiques pour les émeutiers ou leur famille, etc.) à grand renfort de communication, et surtout, il se sait soutenu par son peuple dans la voie d'une réelle sévérité institutionnelle à opposer aux délinquants.
> 2. Première preuve de ce soutien : les autorités judiciaires britanniques montrent semble-t-il une fermeté et même une dureté sans commune mesure avec l'attitude de nos magistrats français en général. (Evidemment il peut y avoir des exceptions, il s'agit d'une tendance.) En schématisant, on sent bien que l'objectif premier des magistrats britanniques est de participer entièrement — avec les responsables politiques, la police et la population britannique dans sa grande majorité — à la résorption aussi rapide que possible de ce grave problème de violence urbaine.
En d'autres termes, la sévérité de certains magistrats du Royaume-Uni peut nous apparaître disproportionnée : on a pu entendre par exemple qu'un jeune se serait pris 6 mois fermes pour une cagoule. Verdict impensable en France. (Encore qu'on ne puisse pas savoir si ce type de peine sera véritablement appliquée ou si consigne a été donnée de surtout faire peur pour rétablir le calme rapidement...) En France, on privilégie l'indulgence à l'échelle individuelle ; en Grande-Bretagne, le pragmatisme à l'échelle collective. Le système britannique peut nous apparaître à nous Français trop sévère voire injuste, mais voilà, il est peut-être aussi plus efficace que les « solutions » à la française pour lutter contre une vraie injustice bien réelle cette fois-ci : celle touchant ces commerçants attaqués qui peuvent tout perdre en quelques heures...
A ce propos, l'habituelle excuse typiquement française qui consiste à dire que les casseurs cassent parce qu'ils sont pauvres et « exclus » du système économique ne tient pas : à qui les casseurs s'en sont-ils d'abord pris ? à qui ont-ils fait le plus de tort ? A la petite classe moyenne ! A des demi-pauvres pour certains. On retrouve d'ailleurs ici un phénomène souvent observé dans nos écoles françaises : la violence ambiante fait toujours plus de tort aux plus fragiles, qu'ils soient fragiles économiquement (comme un petit commerçant) ou fragiles psychologiquement (comme un jeune écolier devenu le souffre-douleur de plusieurs autres).
Cette passerelle entre société et école n'est pas artificielle. Ce n'est sans doute pas un hasard si David Cameron vient enfin d'évoquer la discipline à l'école en ce 15 août 2011. Comment en effet ne pas comprendre que l'état de nos écoles préfigure celui de nos sociétés futures ?! Si Monsieur Cameron veut s'inspirer des idées de réforme de l'éducation nationale du site Etat de droit, qu'il ne se gêne pas.
> 3. Enfin, ce qui est surtout frappant chez nos voisins Anglais, c'est la volonté d'une grande partie du peuple « d'en découdre » avec les casseurs, notamment de les dénoncer activement tout en exprimant un soutien très fort pour des sanctions institutionnelles sévères. Ainsi peut-on voir des réactions britanniques venues d'En Bas qu'on ne verrait pas habituellement en France : photos de casseurs exhibées, coopération directe avec la police britannique, mise en place de groupes de défense privés, pétitions pour sanctionner encore davantage les fautifs...
En France, beaucoup appelleraient cela de la délation ; en Angleterre, c'est une dénonciation légitime. Pourquoi une telle différence de point de vue ? Car nous n'avons pas vécu la même Histoire ! Petit rappel historique : les Français, sévèrement battus en 1940 (ce qui ne doit pas faire oublier le sacrifice de dizaines de milliers de soldats), ont ensuite vu le gouvernement de Vichy coopérer avec les Nazis et certains Français collaborer activement dans le sens le plus détestable qui soit. On sait que les autorités françaises de l'époque ont parfois fait du zèle, allant au devant même des demandes de l'occupant, et que certains « collabos » français ont participé à la dénonciation de Juifs ou résistants (ou autres minorités recherchées) en France.
Pour cette raison sans doute, tout ce qui s'apparente à de la dénonciation est très mal vécu en France, même 70 ans plus tard... Même dans des contextes qui n'ont strictement RIEN à voir avec les dénonciations d'hier contre la résistance française ou contre les Juifs. Aujourd'hui en France, dès que l'on veut dénigrer telle ou telle volonté de fermeté institutionnelle, la même ficelle est donc toujours employée, le même moralisme accusateur : délation ! fascisme ! honteuse répression... Tous les coups sont permis, toutes les allusions aussi. Nous continuons bien sûr d'avoir honte de cette facette très noire de notre Histoire — le collaborationnisme actif — mais certains en profitent pour se vautrer dans les amalgames et grossières manipulations. Et à force de lobbying anti-sanction, les autorités institutionnelles françaises ont fini par flancher. Le poids de l'Histoire écrase les consciences. Pour tenter de nous racheter, nous pratiquons l'indulgence sans grand discernement, prisonniers d'une névrose collective qui nous poursuit depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale.
Les Anglais, eux, n'ont pas ce problème avec eux-mêmes. Chez eux, Hitler n'est pas un tabou comme en France. Ils n'ont pas peur d'être taxés de collaborationnistes ! Le principe de la dénonciation n'a donc rien de honteux pour eux, surtout s'il s'agit de dénoncer des casseurs, des criminels ou des voleurs.
Pour toutes ces raisons, Etat de droit est prêt à parier que les violences urbaines en Angleterre vont assez rapidement se tarir pour de bon, si ce n'est déjà fait, et qu'elles ne repartiront pas de sitôt (ou pas avec la même ampleur) à moins peut-être d'un effrondement économique généralisé... mais nous n'en sommes pas là.
Pour autant, Etat de droit ne dit nullement que tout va bien en Grande-Bretagne ou qu'il
n'y a pas d'injustices sociales ou que les responsables anglais sont exemptes de tout reproche ! Sans doute devra-t-on
tirer des leçons de ces violences, en Grande-Bretagne comme ailleurs. Etat de droit se focalise ici
seulement sur le problème immédiat d'une explosion de violence à endiguer d'urgence. L'objectif de cet article se
cantonne à deux questions d'actualité :
— comment faire cesser rapidement une série de violences urbaines à grande échelle ?
— comment l'état d'esprit particulier de la population britannique y participe ?
A cet égard, il est permis de constater ce qui fonctionne mieux chez les Anglais que chez nous. On aura beau développer toutes les théories du complot possibles — que les émeutes auraient pu être encouragées par telle ou telle manipulation voire rétribution etc. etc. — il n'en demeure pas moins que de nombreux jeunes gens ont bel et bien commis des actes graves. Et une fois ce processus destructeur de grande ampleur engagé, qu'est-ce qui peut bien en venir à bout si ce n'est une forte dissuasion ?… (Pour ceux qui en doutent encore et toujours, ils peuvent relire ce petit développement sur la dissuasion entre autre.)
Comme on l'a dit plus haut, les Anglais n'ayant pas le même vécu que les Français — n'étant pas soumis comme en France au soupçon permanent d'un collaborationnisme fasciste ou antisémite... — ils adoptent naturellement une attitude plus pragmatique que moralisatrice à la française. Et en quoi un simple citoyen peut-il aider les autorités de son pays à appréhender les auteurs de violences ? En participant à leur recherche, en les dénonçant directement lorsqu'ils les connaissent, parfois même lorsqu'il s'agit de leur propre enfant ! Attitude choquante pour un Français mais normale et efficace pour un Anglais. Nous en vérifierons les résultats dans les semaines et mois à venir.
Août 2011 © Etat de droit / Jean-Yves Willmann
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L'édito du 13 juin 2011
Mesurettes et effets d'annonce sont les seules « solutions » trouvées en 10 ans
Etat de droit avait déjà relevé — ici — que ses propositions de réforme pouvaient servir de source d'inspiration au personnel
politique français. Dans l'activité de recopiage gouvernemental, on pourrait recenser plus récemment : les
évaluations nationales de 6e ramenées en fin de CM2 (mesure préconisée par Etat de droit
dès mars 2007) ; ou dernièrement : le début d'une remise en cause des remises de peine automatiques et
le début d'un questionnement sur une application plus effective des peines (toutes causes largement
défendues sur Etat de droit depuis 2007). Entre autres exemples.
Malheureusement, il s'agit bien plus de gesticulations que de réelle volonté de changement. C'est toujours pareil !
On proclame à grands cris qu'on va tout changer pour mieux préserver le statut quo... Car l'hommo politicus français
d'aujourd'hui, dans le fond, cède à toutes les pressions et tous les lobbys. Il n'a aucune conviction propre, n'a dans
son viseur que la prochaine élection. A part peut-être aux extrémités de l'échiquier politique. Mais alors on dira qu'il
ou elle est extrémiste.
Quand donc verra-t-on en France une femme ou un homme politique qui ait quelques convictions bien ancrées,
la cohérence nécessaire pour agir en adéquation, tout en restant modéré(e) et équilibré(e) ??
On notera par ailleurs que le dysfonctionnement institutionnel français — dans le
domaine de la Justice et plus encore en matière d'éducation — n'est peut-être pas toujours le seul fait de la France
d'en haut mais aussi un peu parfois le fait de nos exécutants institutionnels, les fonctionnaires : professeurs, juges...
Que dire par exemple de cette manie de certains Juges aux Affaires Familiales qui consiste à mettre en branle toute une
nouvelle procédure avec nouvelles convocations à la moindre demande d'éclaircissement sur un jugement précédent ?
Que dire de tous ces professeurs qui se voilent la face, cherchant en permanence toutes les excuses possibles
aux élèves les plus indisciplinés sans jamais chercher du côté de l'autorité institutionnelle ?
Le site Etat de droit le répète : ce n'est pas en cherchant à limiter les dégâts que l'on résoudra les problèmes de fond ! Des milliers de postes de « médiateurs de la réussite scolaire » ont paraît-il été créés. Rien qu'avec l'intitulé, on a déjà tout compris... Les hautes sphères de l'Education nationale continuent de mener tout le monde en bateau. Allons-y ! Dépensons encore tout l'argent des Français dans ce type d'artifice ! La médiation à l'école, par définition, c'est l'anti-autorité. Nous aggravons nos déficits publics pour fragiliser toujours plus l'autorité des professeurs. Qu'on ne s'étonne pas si Etat de droit ralentit la cadence de ses articles. A quoi bon, franchement...
La France, au sens de l'Etat français et de ses institutions, est de moins en moins un Etat de droit qui se respecte. Le droit ne peut exister et vivre que si les devoirs existent aussi. En gommant toujours plus la possibilité de sanction notamment à l'école, on élimine la notion de devoir. Et les droits dans tout ça, que leur arrive-t-il ?… Ils se battent entre eux, si l'on peut dire. Le plus fort l'emporte, comme d'habitude. Je veux dire : les individus les plus violents, les moins respectueux, les plus habiles à détourner le droit théorique, s'approprient comme toujours un maximum de droits réels au détriment de la très grande majorité... qui s'en trouve de plus en plus démunie.
Qu'on se le dise : un Etat sans autorité suffisante, qui laisse ses institutions se faire bafouer
quotidiennement,
n'est plus vraiment un Etat de droit digne de ce nom.
L'Etat de droit, c'est d'abord une certaine fierté ! Un Etat fier de faire respecter son droit !…
Où es-tu, fierté ? Où es-tu Etat français ?
Juin 2011 © Etat de droit / Jean-Yves Willmann
Le constat du 20 février 2010
Education nationale : la peur du professeur et des professionnels de l'école avait quelque utilité
Madame, Monsieur, chères mamans, chers papas, ne nous faisons point trop d'illusions : les violences scolaires, la violence gratuite dans l'école ou hors l'école, aux abords des collèges ou lycées, toute cette brutalité juvénile apparemment inutile va continuer de croître pendant encore de longues années. Pas besoin d'être devin pour l'affirmer : la PEUR de l'adulte à l'école n'existe pratiquement plus dans nos chères petites têtes blondes ou brunes. Cette « bonne nouvelle » pour beaucoup nous apparaît comme une mauvaise nouvelle pour l'école. Ce n'est pas là un triste fatalisme car, répétons-le, la violence scolaire est solutionnable. On peut être pessimiste et constructif, voir la proche réalité en face — prédire sans difficulté que les tout prochains « Etats Généraux sur la sécurité à l'école » finiront comme le rapport Thélot : à la poubelle — et entrevoir les possibilités d'une amélioration future : par une réforme de l'éducation nationale incluant punitions et sanctions à l'école. Même si la formidable inertie de notre « Education nationale » rendra toute amélioration lente à venir.
A court terme, hélas, les choses sont donc pliées... Nous n'avons quasiment plus de marge de manœuvre. Il faut se l'avouer, nous avons sacrifié au moins une génération : celle des Enfants-Rois que nous n'aurons réussi qu'à faire chuter de très haut. Constat terrible. C'est l'histoire de la Bonne Intention qui se transforme en piège redoutable. On a voulu protéger les enfants en donnant plus de pouvoir aux parents d'élèves puis aux élèves. Par conséquent — principe des vases communicants — on en a enlevé aux professeurs et à toute l'institution « Education nationale ». Le site Etat de droit radote certes un peu... mais pour continuer de lutter contre l'idéologie anti-sanction à l'école et l'aveuglement qu'elle engendre, Etat de droit choisit aujourd'hui de revenir sur l'un de ses 4 principes directeurs : la nécessité d'avoir une autorité scolaire qui fasse un peu PEUR.
En quoi une peur modérée de l'institution — c'est-à-dire ici de ses représentants sur le terrain — serait-elle utile à l'école et même vitale pour sa préservation ? Sans chercher à en expliquer les raisons profondes, il semble que nous ne pouvons nous passer de cette étrange alliée qu'est la peur. Point d'idéologie dans cette timide assertion ; juste une série de constats à travers lesquels il apparaît que l'Homme fonctionne intrinsèquement avec la peur. Ce mécanisme naturel est un moindre mal lorsque la peur est maîtrisée, ou un mal abominable lorsqu'elle ne l'est pas. Ce n'est pas le premier paradoxe pointé par Etat de droit : pour éviter d'avoir la peur au ventre, il vaut mieux la laisser à l'esprit. (Suffisamment, sans excès inutile.) Quand on dérange la nature, la nature se venge.
Les scientifiques disent : rien ne se crée, tout se transforme. Disons-le autrement : rien de ce qui est naturel ne disparaît vraiment, tout réapparaît d'une manière ou d'une autre. Ainsi, la peur du professeur que l'on a voulu éradiquer par la grande porte de l'Assemblée Nationale et des ministères est réapparue via de multiples petites portes, sous la forme d'une peur bien plus grande, d'une peur généralisée qui s'infiltre par tous les pores distendus de l'école, qui peut aussi bien provenir d'un couloir que de l'intérieur d'une classe, de la cour de l'école que d'un individu ou groupe externe à cette école, d'un seul élève ou de plusieurs. La peur, désormais, peut venir d'en haut, d'en bas, avant l'école, pendant l'école, après l'école. C'est une peur qui est en passe de paralyser tout le système. C'est une peur non maîtrisée, une peur qui peut faire très mal. On a voulu se passer de frein, on a eu l'accident. Ce n'est qu'un début. Le début du carambolage en cours. Voilà le résultat de cette magnifique Bonne Intention qui consista au tournant des années 1980 à ériger en Progrès la fin de l'autorité des professeurs. Eh bien nous y voilà. Nos gentils « progressistes », partisans d'une éducation sans sanction, peuvent être fiers : l'école n'a jamais coûté aussi cher, n'a jamais été aussi inefficace ; les élèves ont rarement été aussi impolis et violents, et angoissés, et finalement victimes.
*
* *
Jadis, il y a fort longtemps — c'était au XXe siècle — dans les années 1980, nous avions peur de notre proviseur. Je vous conte ici ma petite expérience d'élève qui rejoint celle de beaucoup d'autres. Cette proviseur, donc, était glaciale voire hautaine, bref, peu sympathique. Néanmoins, dans cette posture, elle représentait l'Autorité suprême dans notre collège-lycée. Nul élève, même parmi les plus effrontés, n'aurait souhaité se retrouver dans son bureau. De fait, très peu y passèrent. ELLE était là. On la sentait, on la pressentait, mais nous ne la rencontrions presque jamais car nous cherchions à l'éviter, ce qui inclut de renoncer à commettre de trop grosses bêtises.
La seule présence de notre proviseur dans le lycée contribuait à donner à chaque professeur un pouvoir suffisant vis-à-vis des élèves. Elle était la DISSUASION. Presque invisible mais toujours présente à l'esprit de chacun. Question : est-ce que cette peur-là nous rendait la vie impossible ? Je ne pense pas. Elle créait plutôt cette inclination naturelle chez toute société humaine face à un danger potentiel : la solidarité. Ici, la solidarité entre élèves (voire entre professeurs et parents d'élèves). Du reste, cette peur n'était pas non plus une grande peur dans la mesure où elle ne reposait pas sur l'injustice. On ne se retrouvait pas pour rien dans le bureau de Madame le Proviseur. Répétons-le : très peu y passèrent. Cette petite peur, sourde et lancinante, qui n'occasionne finalement que peu d'effets indésirables, qui ne nous empêchait pas de vivre, avait cette vertu essentielle de fixer des limites claires et solides dans la palette comportementale de chacun d'entre nous.
Comment cette proviseur parvenait-elle à inspirer cette sourde crainte ? Parce qu'elle avait un réel pouvoir ! Parce que les sanctions existaient et qu'elles étaient suffisamment dissuasives ! Tandis qu'aujourd'hui nos malheureux chefs d'établissements et professeurs sont sous le joug des textes les plus puérils qui soient, textes dont le seul but est de les dissuader, eux, — professeurs, directeurs d'école, principaux, proviseurs... — de sévir un tant soit peu. Ces textes d'une Education nationale minée par l'idéologie anti-sanction sont la première cause de la violence à l'école. La prétendue cause naturelle d'une société qui deviendrait violente parce que ce serait dans l'air du temps, un peu comme par l'opération du Saint Esprit ou plutôt d'un Esprit Malin, cette prétendue cause déresponsabilisante au possible, Etat de droit ne l'accepte pas. C'est trop facile ! Et faux. Nous allons tenter de le démontrer.
Si la société devenait violente au point qu'on ne puisse plus rien y faire, si les jeunes ou moins jeunes les plus violents ne pouvaient être accessibles à la DISSUASION, alors la violence ne cesserait d'augmenter ad vitam aeternam. Ce qui n'est, si je puis dire, autant humainement que mathématiquement impossible. Et de fait, l'histoire humaine n'est pas linéaire. Il y a des accroissements de tensions et des décompressions. Parce qu'au-delà de certains niveaux, d'une certaine intensité, c'est comme pour la matière : les comportements finissent par changer. La molécule H2O ne réagit pas de la même manière selon que la température est inférieure à 0°C ou comprise entre 0 et 100°C ou supérieure à 100°C, ou avec des conditions de pression atmosphérique particulières, etc. Ce qui signifie : quand le contexte change, les comportements changent. Cela est valable pour la matière mais aussi pour nous. Nous sommes composés de matière ! C'est pourquoi, dès lors que les conditions seraient réunies, la dissuasion pourrait à nouveau exister à l'école. Et parmi ces conditions, il y a d'abord, avant tout, la nécessité absolue de remanier nos textes, cheval de bataille du site Etat de droit... Voilà pour la théorie. Passons à la pratique :
Deux anecdotes. La première a été directement vécue par celui qui écrit. En 1996, quelque part en Corse, un peu au-dessous du Cap Corse, je fus témoin de la scène suivante : une petite bande de jeunes adolescents de la banlieue parisienne s'en donnait à coeur joie depuis quelques dizaines de minutes, ne respectant pas grand-chose ni grand monde, en plein échauffement de petites incivilités croissantes et « violences ordinaires ». Dans un coin, sur un banc, se trouvaient trois vieux Corses. A un moment donné, l'un d'eux fit signe d'approcher à l'un des jeunes... Je ne sais pas ce qu'il lui a dit, mais ce qui est sûr c'est que 5 minutes après, tous les jeunes étaient calmés.
Deuxième anecdote. Celle-ci est très fraîche, de 2010. Je la tiens d'un gardien de prison qui me l'a raconté il y a quelques jours : dans une prison où il travaillait, comme cela arrive hélas trop fréquemment de jeunes délinquants étaient mêlés à des détenus purgeant de lourdes peines. Le jeune de 20 ans qui reste quelques mois côtoie ainsi celui de 40 qui en a prit pour 10 ou 15... Seule séparation : ils ne sont pas toujours au même étage. Souvent, les jeunes font du bruit tandis que les condamnés à de lourdes peines sont plus tranquilles. Dans cette prison-là, un de ces derniers était particulièrement respecté — craint — par ses co-détenus. Une nuit, à l'étage du dessus, un groupe de jeunes nouvellement arrivés a fait beaucoup de bruit. Le lendemain, le quarantenaire respecté est allé leur parler quelques secondes. Il ne voulait plus de bruit. Dès la nuit suivante, le calme est revenu.
Que nous apprennent ces deux anecdotes (qui d'ailleurs se ressemblent) ? Que personne est
inaccessible à la dissuasion. Qu'à partir du moment où vous avez du pouvoir, vous pouvez faire peur à
n'importe qui, et donc exercer une autorité suffisante pour que les comportements individuels se
conforment aux règles communément admises.
Les professeurs et autres personnels de l'école ont vu leur pouvoir fondre
comme neige au soleil en 25 ans ; c'est pourquoi ils ne font plus peur à personne ; il n'est donc
absolument pas étonnant que les élèves gagnent chaque jour un peu plus en impertinence, puis impolitesse, puis violence,
puis qu'ils se croient tout permis... Maintenant, nos hommes politiques s'étonnent des intrusions de groupes armés
(pour des règlements de compte entre jeunes) ou menaçants (pour faire pression contre des professeurs esseulés) dans les
écoles. Mais qu'ont-ils fait pour éviter cela ? Qu'ont-ils dit pendant des années ? Qu'il fallait toujours plus de «
compréhension » envers les plus violents de nos élèves ! Qu'il fallait pratiquer la grande Ouverture de l'Ecole !
On a accusé M. Jospin d'être naïf, mais vous êtes TOUS naïfs Mesdames et Messieurs les Ministres ! Vous avez TOUS
suivi le dictat des idéologues de l'Anti-sanction à l'école ! Vous n'y dirigez plus rien depuis longtemps...
Réécoutons cet exemple fort dogmatique d'un ancien ministre (alors délégué) de l'Education nationale,
M. Darcos, dans le quotidien Sud Ouest du 16 octobre 2003 : il y déclara sa flamme à une école espace-ressource
à l'usage de toute la population, à l'image d'un centre culturel ou un équipement associatif.
Les actuelles intrusions violentes dans les écoles ne sont pas le pur fruit du hasard.
Février 2010 © Etat de droit / Jean-Yves Willmann
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