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Sanctions à l'école / en éducation

L'étude de novembre 2008 / mars 2009

Sanctions à l'école : pourquoi ça bloque toujours ? (22-23)

Les « arguments » les plus utilisés pour défendre l'idéologie anti-sanction à l'école

22ème argument anti-sanction à l'école : « renvoyer un collégien quelques jours, ça l'arrange plus que ça le punit ».

  Cet argument n'est pas nouveau. Contrairement à la plupart de ceux qui précèdent, reconnaissons que c'est là un des rares arguments qui tiennent la route. Etat de droit en a d'ailleurs pris conscience depuis longtemps : dans une argumentation sur la sanction financière à l'école relative à la proposition E13 bis qui invite, précisément, à mettre en œuvre cette sanction financière à l'école à partir du quinzième jour de renvoi dans la même année. D'aucuns crieront encore à l'infamie. Mais si l'on veut bien laisser un peu de côté les passions et le dogme anti-sanction, que constate-t-on souvent en France ? Que lorsqu'on touche au porte-monnaie, les comportements changent. Doit-on le déplorer, s'en attrister ? Peut-être, peu importe, Etat de droit ne base pas son discours sur des questions d'ordre moral ou sur les états d'âme des uns et des autres, mais seulement sur ce qui marche. Et ce qui marche en France comme ailleurs, qu'on le veuille ou non, c'est d'avoir prise sur les cordons de la bourse...
  C'est pourquoi, si cette proposition E13 bis pouvait être un jour adoptée, il y a fort à parier que le présent et véritable argument anti-sanction (une fois n'est pas coutume) se dégonfle de lui-même.

23ème argument anti-sanction à l'école : le renvoi aggrave l'absentéisme scolaire.

Est-ce la même chose de faire l'école buissonnière ou d'être renvoyé d'une école, d'un collège ou d'un lycée ? Sur le fait que dans les deux cas l'élève est absent de son école ou établissement scolaire, on pourrait estimer que c'est un peu la même chose, ou qu'il y a au moins ce point commun de l'absence. Mais sur le processus qui conduit à l'absence de l'élève, les situations s'opposent ! Dans le premier cas, soit l'élève a Souverainement Décidé de faire fi de l'école, soit il s'y est senti arbitrairement contraint par d'autres élèves ; dans le deuxième cas, c'est l'institution Ecole qui sanctionne un élève fautif (d'une façon qu'on pourra espérer la plus impartiale possible). Si la sanction de renvoi temporaire était donc un peu plus admise — plus facile à mettre en œuvre dans les collèges et lycées, enfin existante dans les écoles primaires — nous passerions d'une situation où l'Élève-Roi décide un peu de tout, à moins qu'il ne s'agisse d'un élève victime des autres et qui les fuit, à une situation où l'Ecole (au sens général) regagnerait un minimum de pouvoir et donc de considération dans l'esprit des élèves les plus indisciplinés et perturbateurs.
  On connaît bien l'esprit de contradiction des enfants : il suffit que l'adulte dise OUI pour qu'ils disent NON et vice-versa. Il est donc faux de croire qu'un renvoi de l'école (décidé par des adultes représentant l'institution) ou une décision personnelle de déserter cette école (prise par un élève) soient vécus de la même manière. En réalité, sur un simple plan psychologique, la seule possibilité de perdre l'école inciterait plutôt l'enfant à tout faire pour la garder, pour continuer à en bénéficier, et donc se conformer à ses règles ; tandis que l'absence totale de sanction dissuasive est de nature à déprécier fortement cette école incapable de se défendre elle-même, incapable de se faire respecter, de plus en plus vouée à voir des forces de l'ordre extérieures venir faire la police au sens propre, alors que cette école aurait pu continuer à la faire beaucoup plus sereinement au sens figuré.
  N'oublions jamais la logique des vases communiquants (ou de la matière qui ne se crée pas mais se transforme) : quand on enlève du pouvoir à une institution comme l'école — dont ses premiers représentants, les professeurs — on en redonne mécaniquement à d'autres entités : directement aux élèves, et peut-être bientôt, de plus en plus souvent, aux forces de l'ordre (police et gendarmerie). Priver l'école de pouvoir ne sert pas la démocratie.

  Par ailleurs, cela a commencé d'être dit ci-dessus, les élèves qui font l'école buissonnière et ceux qui devraient être renvoyés de l'école, ne serait-ce que temporairement, ne sont pas forcément les mêmes. Prenons le cas des souffre-douleurs qui semblent se multiplier par les temps qui courent. Pourquoi certains font-il l'école buissonnière ? Parce qu'ils en ont assez d'être en proie aux moqueries ou tracasseries des autres... Renvoyer temporairement les élèves les plus agressifs ou insultants n'augmenterait donc pas forcément le nombre des élèves déscolarisés puisque cela permettrait à ceux qui se sont exclus eux-mêmes de l'école (pour pouvoir s'en protéger) de pouvoir réintégrer une école redevenue sereine pour eux.
  Rappelons en effet qu'en ce début de XXIe siècle en France, les seuls élèves véritablement exclus de l'école sont les élèves victimes (de quelques autres) car ils n'ont d'autre choix que de fuir leurs persécuteurs.

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