Etat de droit (accueil)
Principes
Enfant
Droits
indiscipline à l'école | violences à l'école | autorité à l'école

 

 

 

Etat de droit

 

 

 

réforme de la justice pénale et civile en Franceréformes dans la société française 
 et autorité de l'Etat

réforme de l'école primaire et de l'éducation nationale

[12 juillet 2006]

Proposition  E7  Proposition complète

Pourquoi

Pourquoi

Réaffirmer le rôle constructif de la sanction institutionnelle, en assumant les notions de contrainte et de désagrément.

Faire entendre par sanction institutionnelle une sanction à la fois juste et véritable, c'est- à-dire proportionnelle, bienveillante, limitée, mais aussi dissuasive ; souligner l'opposition entre contrainte arbitraire et contrainte institutionnelle ; relever le caractère éminemment préventif des simples punitions ou sanctions mineures, lorsqu'elles sont bien sûr justifiées.

?

?

A chaque fois qu'il est question de violence et d'échec scolaires revient en boucle la «solution-miracle» habituelle : IL FAUT améliorer le recrutement et la formation des enseignants. En parallèle et en guise de traduction, on martèle justement à ces futurs enseignants que punir un élève aggrave la violence scolaire, que ce soit dans certains Instituts Universitaires de Formation des Maîtres (I.U.F.M.) ou à travers de savants cours de sociologie (dispensés dès le D.E.U.G. et jusque dans ces mêmes I.U.F.M.).
  Ici, le croisement entre ne pas punir et améliorer les enseignants aboutit à une synthèse bâtarde qu'entérineront bien des experts (présentés comme tels) et différentes associations : former les professeurs à rester toujours plus «zen» devant les comportements d'élèves les plus déviants. Peu importe la transmission des connaissances : le Bon maître d'aujourd'hui est d'abord celui qui sait encaisser...
 
  Au sein du Bulletin Officiel (Spécial) du 13 juillet 2000, on n'aura eu de cesse que d'enfoncer le clou, réduisant l'idée même de sanction au strict minimum : les sanctions peuvent être assorties d'un sursis total ou partiel (...) toute sanction, hormis l'exclusion définitive, est effacée du dossier administratif de l'élève au bout d'un an (décret n° 2000-620) ; on ne sanctionne pas uniquement en fonction de l'acte commis, mais également et surtout s'agissant de mineurs, en considération de la personnalité de l'élève (...) la réponse apportée en fonction de la gravité des faits reprochés ne doit pas aboutir à une «tarification» des sanctions (circulaire n° 2000-105). [On supposera que les rédacteurs ont voulu dire : tarification des fautes ou infractions, en terme de sanctions.]
  Dans la même circulaire, le petit mot aux parents (sur le carnet de correspondance) ou le petit mot d'excuse (qu'un élève daignerait marmonner ou griffonner) sont qualifiés de punitions scolaires. Quant à la finalité de la soi-disant sanction, elle doit mettre l'élève en situation de s'interroger sur sa conduite.
  Décryptage par étapes :
1) Aux violences réelles, on peut maintenant répondre par des sanctions virtuelles (avec sursis). Le progrès !
2) Pour continuer à bien se voiler la face, on efface même régulièrement les preuves administratives de bon nombre d'actes graves. Obligation réglementaire !
3) D'ailleurs, on ne doit plus guère juger en fonction des actes mais en fonction de qui les a commis. Votre personnalité d'élève est votre plus fidèle atout : il suffit d'émouvoir ou faire peur pour se permettre tout avec la clémence au bout. Car si les difficultés familiales de quelques-uns sont bien réelles, pour beaucoup, c'est la porte ouverte à toutes les simulations et tous les prétextes.
4) Autre singularité : avertir les parents, c'est déjà punir ! (Déjà trop sévère. Même s'ils n'ont plus de prise sur leur progéniture.) Et dans la même veine, un élève qui s'excuse, ce serait encore la marque indélébile d'une vile punition. Du coup, comme personne n'aime être puni, plus personne n'aimera s'excuser...
5) Ainsi, dans le jargon scolaire français, par sanction il faut surtout entendre : aimable causerie. L'objectif affiché est de faire prendre conscience à l'Élève (pour la ixième fois) des infractions qu'il a commises. Pas de l'empêcher de récidiver. Et en aucun cas d'exercer sur lui la moindre contrainte.

 

Il est vrai qu'en 2004 on a tenté d'atténuer un peu ce type d'orientation (cf. décret n° 2004-412 ou circulaire n° 2004-176). Mais c'est là une ébauche de changement que les traditionnelles huées rendent timide, puisque sur le fond, le principe de sanction — de la vraie sanction : qui contraint et procure un désagrément — a-t-il été lavé un tant soit peu du soupçon d'ignominie ?
  Dans la plupart des consignes officielles, comme sur le terrain, on ne l'évoque qu'après moult tergiversations, en sourdine ou avec des pincettes, la peur au ventre et la honte sur le front... Par anticipation du tollé général. Quant aux Grands Pédagogues autoproclamés, ils ne sont généralement pas en reste, surtout par la voix de ceux qui n'ont plus mis les pieds dans une classe depuis longtemps mais s'empressent de «coacher» les apprentis professeurs avec force sentences : si vous en venez à punir, c'est que vous ne savez pas vous y prendre, c'est que vous avez ÉCHOUÉ.
  Aussi, pour beaucoup d'adultes, la sanction qui concerne un enfant est devenue détestable en soi. Forcément nuisible. Leur vœu le plus cher est qu'elle disparaisse, sans grande distinction (de portée et de légitimité). Par principe. Peut-être l'ont-ils subie injustement dans leur enfance au point de ne pouvoir imaginer qu'elle puisse être administrée de manière éclairée. A moins que le seul lavage des cerveaux suffise à expliquer un tel rejet.
  Quoi qu'il en soit, pour les aventuriers de la pédagogie, c'est la belle époque : on «sort» les nouveaux concepts comme d'autres sortent leur nouvelle gamme de voitures ou de sous-vêtements pour la saison d'été ou d'hiver. Le but est surtout de brouiller les pistes, de faire croire au départ que l'on reconnaît encore une certaine utilité au principe de sanction... pour mieux l'abattre. Ainsi a-t-on inventé la sanction-prise-de-conscience [voir plus haut] ou encore : les punitions intelligentes, au sens d'intéressantes, c'est-à-dire bien agréables...
  Or, ces falsifications sémantiques semblent n'avoir pas suffi aux tenants jusqu'au-boutistes de l'anti-sanction. La preuve en est ce nouveau cap franchi : au fur et à mesure qu'on les vide de tout leur sens, les mots honnis sont de plus en plus mis au rancard, placés en désuétude anticipée si l'on peut dire. Comme on jette une coquille vide. Et le nouveau lexique n'en finit plus d'investir la sphère institutionnelle : au lieu de sanctionner les fautifs, il convient dorénavant de leur apporter une réponse (à leurs états d'âme qui les font mal agir) ; plutôt que de punir untel quand il «pète les plombs» — quand il hurle des injures, cogne, crache ou balance une chaise par la fenêtre et plus si affinités — il est devenu bien plus éducatif de s'interroger sur sa personnalité profonde et de comprendre ses raisons.
  Symptomatique de cette fièvre ambiante, les textes vont jusqu'à insister pour qu'une admission en classe relais ne soit SURTOUT PAS vécue comme une sanction...

 

Parmi les faux débats, il en est d'ailleurs plusieurs qui ne manquent pas de sel. Ainsi, de nombreux parents et la plupart des éducateurs ne veulent plus guère entendre parler du mot punition, devenu péjoratif ; tandis qu'ils jugeront moins sévère le mot sanction. Mais au regard des instructions officielles, les sanctions (disciplinaires) sont censées être beaucoup plus « accablantes » que les punitions (scolaires) !
  Parallèlement, on insiste tant et plus sur la fameuse prise de conscience qui règlerait bien des problèmes et à laquelle, très souvent, on associe une absence de contrainte et de désagrément. Façon comme une autre d'évincer la sanction. Or, suffit-il d'avoir conscience d'une interdiction pour ne pas la braver ? Ou d'avoir conscience du mal qu'on fait à quelqu'un pour ne plus le faire ? Ceux qui rejettent l'idée de sanction (dans sa pleine acception : contraignante et désagréable) semblent répondre par l'affirmative. Ce faisant, ils en oublient le délicieux plaisir de la transgression ! Ou celui un peu moins glorieux de la moquerie. Qui, en fait, n'a jamais pris un malin plaisir à sécher un cours, à tricher, à propager une fausse rumeur, à fumer là où il ne faut pas ou faire quoi que ce soit d'interdit ?… Bien souvent, c'est justement parce qu'on a conscience de faire une bêtise qu'on la fait ! C'est ce qui lui donne toute sa saveur ! Tandis que l'idyllique prise-de-conscience-qui-empêcherait-la-répétition- d'une-transgression est chaque jour démentie par les faits ; elle a surtout été inventée pour décharger les fautifs de toute responsabilité, en partant de l'a priori qu'ils ne seraient donc jamais conscients du caractère interdit ou préjudiciable de leurs actes... On se demande bien lesquels sont les plus pris pour des imbéciles : les fautifs en question ou nous tous ?

 

Par ailleurs, de nombreux ouvrages présentent la prise de risque comme un vecteur essentiel du développement de l'enfant. Dès l'école maternelle, elle fait partie des objectifs pédagogiques défendus avec le plus de ferveur. Or, que se passe-t-il lorsqu'on réduit fortement la portée des sanctions ? On diminue d'autant le risque encouru par l'élève à chaque fois qu'il transgresse une règle. On le prive de prise de risque. Sans s'en rendre compte ; croyant bien faire. Cependant, le cadeau est empoisonné. L'intérêt de la transgression, c'est justement d'affronter le risque. D'oser ! De s'exposer au danger pour démontrer son courage.
  Mais où est la prouesse, pour un élève d'aujourd'hui, à insulter un autre élève en plein cours ? Que risque-t-il ? Du côté institutionnel (et pour peu qu'il soit jugé difficile ou inconscient, ou Victime sociale) : pratiquement rien. Alors, dans la mesure où il voudrait montrer qu'il a du cran, il va lui falloir viser plus haut, cogner plus fort... Par exemple en s'essayant à invectiver quelques adultes, en réalisant son premier racket, en dégradant sa première classe... Pour voir jusqu'où l'on peut aller (avant que la sanction ne devienne plus forte que le plaisir ressenti). Or, l'expérience lui apprendra très souvent qu'à ce stade des essais, la prise de risque n'est toujours pas à la hauteur de ses espérances, ce qui gâche une bonne partie du plaisir. En effet, l'adrénaline tant espérée s'émousse rapidement : c'est parce que le déplaisir (ponctuel) de la sanction n'arrive pas que le plaisir (enivrant) de la transgression s'effrite. Alors, notre jeune intrépide va essayer encore, toujours plus loin toujours plus haut, à la recherche de ce danger qui, décidément, semble le fuir. Jusqu'au jour où — enfin ! — il le trouve. Mais qu'il aura fallu aller loin... Tellement loin qu'il n'en reviendra pas forcément comme il l'aurait souhaité : son pays ne le trouvera pas courageux mais dangereux.

Ainsi, il est une absurdité dont nous autres Occidentaux sommes très friands : pour qu'un enfant ne réitère pas sa dernière bêtise, nous lui proposons en échange quelque chose d'agréable. Et nous sommes tout étonnés de voir que cela ne marche pas ! Pour que cela marche — tous les êtres vivants en passent par là — il faut en fait quelque chose de désagréable. Eh oui... Le désagrément fait aussi partie du jeu. C'est l'un de ces passages obligés sans lesquels un système ne saurait durablement fonctionner. Il suffit d'ailleurs de penser aux personnes atteintes de l'anomalie qui consiste à ne jamais ressentir aucune douleur physique : contrairement à ce qu'on pourrait penser, leur vie est loin d'être drôle (quand elle n'est pas très écourtée).
  Rassurons toutefois les inquiets : désagréable ne signifie pas inhumain ou dégradant ! Le désagrément n'a rien à voir avec la souffrance des vraies victimes, souffrance d'autant plus persistante qu'on ne les entend guère puisqu'elles sont sous le joug de ceux qui s'autoproclament Martyrs à leur place (ces derniers n'étant plus inquiétés par aucune institution tant que l'irréparable n'a pas été commis).
  En résumé, c'est une réponse sans disproportion ni injustice, exempte de ressentiment, mais intentionnellement déplaisante, qu'il faut opposer à l'inacceptable. Et sans attendre : sévir vite, c'est sévir moins. Et servir plus.


Peut-on soutenir le site Etat de droit facilement ? OUI et c'est gratuit !

Etudes 2007 Pires Bulletins Officiels de l'Education Nationale (1) : la Palme... (3 juil.)

Fermeté à l'école : 1 sur 8 000 000 000 (15 juil.) France, terre de répression ? (août)

La loi Dati ne fera pas date (sept.) Les droits des enfants de nouveau bafoués (oct.)

Bulletins Officiels de l'Education Nationale (2) (nov.) L'Etat de droit en France (déc.)

Etudes 2008 Pires Bulletins Officiels de l'Education Nationale (3) : les 10... (janv.)

Réforme de l'école : les fausses bonnes idées (févr.) Rétention de sûreté [...] (mars)

Parents d'élèves : le pouvoir [...] (avril) Autorité : le lavage des cerveaux [...] (mai)

Obéissance, désobéissance... (juin) L'autorité du professeur : histoire d'un rapt (juil.)

Victor Hugo, l'autorité et le pouvoir (1) (août) Victor Hugo, l'autorité [...] (2) (sept.)

2009 / 2011 Sanctions à l'école : pourquoi ça bloque toujours ? (fin 2008 / déb. 09)

Violences scolaires : ils SAVAIENT... (mai 09) Quand trop de droits tue le droit (août)

Education nationale : l'inertie... (jan. 10) Violences scolaires - peur à l'école (fev. 10)

Etat de droit et autorité (juin 11) Moralisme français - pragmatisme anglais (août 11)

Propositions majeures Pourquoi remanier la Convention des droits de l'enfant ?
Accroître le pouvoir du professeur vis-à-vis des élèves, avec limites et garde-fous.
Réhabiliter les punitions et les sanctions à l'école avec retenue et discernement...

Vidéos La réforme de l'école et l'autorité du professeur (extraits d'interview).

état de droit + réformes : éducation, droits, justice sociale

© Etat de droit — Jean-Yves Willmann — 2006-2015