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Le constat du 20 février 2010

Violences scolaires : il ne fallait pas chasser de l'école la peur du professeur

Education nationale : la peur du professeur et des professionnels de l'école avait quelque utilité

Madame, Monsieur, chères mamans, chers papas, ne nous faisons point trop d'illusions : les violences scolaires, la violence gratuite dans l'école ou hors l'école, aux abords des collèges ou lycées, toute cette brutalité juvénile apparemment inutile va continuer de croître pendant encore de longues années. Pas besoin d'être devin pour l'affirmer : la PEUR de l'adulte à l'école n'existe pratiquement plus dans nos chères petites têtes blondes ou brunes. Cette « bonne nouvelle » pour beaucoup nous apparaît comme une mauvaise nouvelle pour l'école. Ce n'est pas là un triste fatalisme car, répétons-le, la violence scolaire est solutionnable. On peut être pessimiste et constructif, voir la proche réalité en face — prédire sans difficulté que les tout prochains « Etats Généraux sur la sécurité à l'école » finiront comme le rapport Thélot : à la poubelle — et entrevoir les possibilités d'une amélioration future : par une réforme de l'éducation nationale incluant punitions et sanctions à l'école. Même si la formidable inertie de notre « Education nationale » rendra toute amélioration lente à venir.

A court terme, hélas, les choses sont donc pliées... Nous n'avons quasiment plus de marge de manœuvre. Il faut se l'avouer, nous avons sacrifié au moins une génération : celle des Enfants-Rois que nous n'aurons réussi qu'à faire chuter de très haut. Constat terrible. C'est l'histoire de la Bonne Intention qui se transforme en piège redoutable. On a voulu protéger les enfants en donnant plus de pouvoir aux parents d'élèves puis aux élèves. Par conséquent — principe des vases communicants — on en a enlevé aux professeurs et à toute l'institution « Education nationale ». Le site Etat de droit radote certes un peu... mais pour continuer de lutter contre l'idéologie anti-sanction à l'école et l'aveuglement qu'elle engendre, Etat de droit choisit aujourd'hui de revenir sur l'un de ses 4 principes directeurs : la nécessité d'avoir une autorité scolaire qui fasse un peu PEUR.

En quoi une peur modérée de l'institution — c'est-à-dire ici de ses représentants sur le terrain — serait-elle utile à l'école et même vitale pour sa préservation ? Sans chercher à en expliquer les raisons profondes, il semble que nous ne pouvons nous passer de cette étrange alliée qu'est la peur. Point d'idéologie dans cette timide assertion ; juste une série de constats à travers lesquels il apparaît que l'Homme fonctionne intrinsèquement avec la peur. Ce mécanisme naturel est un moindre mal lorsque la peur est maîtrisée, ou un mal abominable lorsqu'elle ne l'est pas. Ce n'est pas le premier paradoxe pointé par Etat de droit : pour éviter d'avoir la peur au ventre, il vaut mieux la laisser à l'esprit. (Suffisamment, sans excès inutile.) Quand on dérange la nature, la nature se venge.

Les scientifiques disent : rien ne se crée, tout se transforme. Disons-le autrement : rien de ce qui est naturel ne disparaît vraiment, tout réapparaît d'une manière ou d'une autre. Ainsi, la peur du professeur que l'on a voulu éradiquer par la grande porte de l'Assemblée Nationale et des ministères est réapparue via de multiples petites portes, sous la forme d'une peur bien plus grande, d'une peur généralisée qui s'infiltre par tous les pores distendus de l'école, qui peut aussi bien provenir d'un couloir que de l'intérieur d'une classe, de la cour de l'école que d'un individu ou groupe externe à cette école, d'un seul élève ou de plusieurs. La peur, désormais, peut venir d'en haut, d'en bas, avant l'école, pendant l'école, après l'école. C'est une peur qui est en passe de paralyser tout le système. C'est une peur non maîtrisée, une peur qui peut faire très mal. On a voulu se passer de frein, on a eu l'accident. Ce n'est qu'un début. Le début du carambolage en cours. Voilà le résultat de cette magnifique Bonne Intention qui consista au tournant des années 1980 à ériger en Progrès la fin de l'autorité des professeurs. Eh bien nous y voilà. Nos gentils « progressistes », partisans d'une éducation sans sanction, peuvent être fiers : l'école n'a jamais coûté aussi cher, n'a jamais été aussi inefficace ; les élèves ont rarement été aussi impolis et violents, et angoissés, et finalement victimes.

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Jadis, il y a fort longtemps — c'était au XXe siècle — dans les années 1980, nous avions peur de notre proviseur. Je vous conte ici ma petite expérience d'élève qui rejoint celle de beaucoup d'autres. Cette proviseur, donc, était glaciale voire hautaine, bref, peu sympathique. Néanmoins, dans cette posture, elle représentait l'Autorité suprême dans notre collège-lycée. Nul élève, même parmi les plus effrontés, n'aurait souhaité se retrouver dans son bureau. De fait, très peu y passèrent. ELLE était là. On la sentait, on la pressentait, mais nous ne la rencontrions presque jamais car nous cherchions à l'éviter, ce qui inclut de renoncer à commettre de trop grosses bêtises.

La seule présence de notre proviseur dans le lycée contribuait à donner à chaque professeur un pouvoir suffisant vis-à-vis des élèves. Elle était la DISSUASION. Presque invisible mais toujours présente à l'esprit de chacun. Question : est-ce que cette peur-là nous rendait la vie impossible ? Je ne pense pas. Elle créait plutôt cette inclination naturelle chez toute société humaine face à un danger potentiel : la solidarité. Ici, la solidarité entre élèves (voire entre professeurs et parents d'élèves). Du reste, cette peur n'était pas non plus une grande peur dans la mesure où elle ne reposait pas sur l'injustice. On ne se retrouvait pas pour rien dans le bureau de Madame le Proviseur. Répétons-le : très peu y passèrent. Cette petite peur, sourde et lancinante, qui n'occasionne finalement que peu d'effets indésirables, qui ne nous empêchait pas de vivre, avait cette vertu essentielle de fixer des limites claires et solides dans la palette comportementale de chacun d'entre nous.

Comment cette proviseur parvenait-elle à inspirer cette sourde crainte ? Parce qu'elle avait un réel pouvoir ! Parce que les sanctions existaient et qu'elles étaient suffisamment dissuasives ! Tandis qu'aujourd'hui nos malheureux chefs d'établissements et professeurs sont sous le joug des textes les plus puérils qui soient, textes dont le seul but est de les dissuader, eux, — professeurs, directeurs d'école, principaux, proviseurs... — de sévir un tant soit peu. Ces textes d'une Education nationale minée par l'idéologie anti-sanction sont la première cause de la violence à l'école. La prétendue cause naturelle d'une société qui deviendrait violente parce que ce serait dans l'air du temps, un peu comme par l'opération du Saint Esprit ou plutôt d'un Esprit Malin, cette prétendue cause déresponsabilisante au possible, Etat de droit ne l'accepte pas. C'est trop facile ! Et faux. Nous allons tenter de le démontrer.

Si la société devenait violente au point qu'on ne puisse plus rien y faire, si les jeunes ou moins jeunes les plus violents ne pouvaient être accessibles à la DISSUASION, alors la violence ne cesserait d'augmenter ad vitam aeternam. Ce qui n'est, si je puis dire, autant humainement que mathématiquement impossible. Et de fait, l'histoire humaine n'est pas linéaire. Il y a des accroissements de tensions et des décompressions. Parce qu'au-delà de certains niveaux, d'une certaine intensité, c'est comme pour la matière : les comportements finissent par changer. La molécule H2O ne réagit pas de la même manière selon que la température est inférieure à 0°C ou comprise entre 0 et 100°C ou supérieure à 100°C, ou avec des conditions de pression atmosphérique particulières, etc. Ce qui signifie : quand le contexte change, les comportements changent. Cela est valable pour la matière mais aussi pour nous. Nous sommes composés de matière ! C'est pourquoi, dès lors que les conditions seraient réunies, la dissuasion pourrait à nouveau exister à l'école. Et parmi ces conditions, il y a d'abord, avant tout, la nécessité absolue de remanier nos textes, cheval de bataille du site Etat de droit... Voilà pour la théorie. Passons à la pratique :

Deux anecdotes. La première a été directement vécue par celui qui écrit. En 1996, quelque part en Corse, un peu au-dessous du Cap Corse, je fus témoin de la scène suivante : une petite bande de jeunes adolescents de la banlieue parisienne s'en donnait à coeur joie depuis quelques dizaines de minutes, ne respectant pas grand-chose ni grand monde, en plein échauffement de petites incivilités croissantes et « violences ordinaires ». Dans un coin, sur un banc, se trouvaient trois vieux Corses. A un moment donné, l'un d'eux fit signe d'approcher à l'un des jeunes... Je ne sais pas ce qu'il lui a dit, mais ce qui est sûr c'est que 5 minutes après, tous les jeunes étaient calmés.

Deuxième anecdote. Celle-ci est très fraîche, de 2010. Je la tiens d'un gardien de prison qui me l'a raconté il y a quelques jours : dans une prison où il travaillait, comme cela arrive hélas trop fréquemment de jeunes délinquants étaient mêlés à des détenus purgeant de lourdes peines. Le jeune de 20 ans qui reste quelques mois côtoie ainsi celui de 40 qui en a prit pour 10 ou 15... Seule séparation : ils ne sont pas toujours au même étage. Souvent, les jeunes font du bruit tandis que les condamnés à de lourdes peines sont plus tranquilles. Dans cette prison-là, un de ces derniers était particulièrement respecté — craint — par ses co-détenus. Une nuit, à l'étage du dessus, un groupe de jeunes nouvellement arrivés a fait beaucoup de bruit. Le lendemain, le quarantenaire respecté est allé leur parler quelques secondes. Il ne voulait plus de bruit. Dès la nuit suivante, le calme est revenu.

Que nous apprennent ces deux anecdotes (qui d'ailleurs se ressemblent) ? Que personne est inaccessible à la dissuasion. Qu'à partir du moment où vous avez du pouvoir, vous pouvez faire peur à n'importe qui, et donc exercer une autorité suffisante pour que les comportements individuels se conforment aux règles communément admises.
  Les professeurs et autres personnels de l'école ont vu leur pouvoir fondre comme neige au soleil en 25 ans ; c'est pourquoi ils ne font plus peur à personne ; il n'est donc absolument pas étonnant que les élèves gagnent chaque jour un peu plus en impertinence, puis impolitesse, puis violence, puis qu'ils se croient tout permis... Maintenant, nos hommes politiques s'étonnent des intrusions de groupes armés (pour des règlements de compte entre jeunes) ou menaçants (pour faire pression contre des professeurs esseulés) dans les écoles. Mais qu'ont-ils fait pour éviter cela ? Qu'ont-ils dit pendant des années ? Qu'il fallait toujours plus de « compréhension » envers les plus violents de nos élèves ! Qu'il fallait pratiquer la grande Ouverture de l'Ecole !
  On a accusé M. Jospin d'être naïf, mais vous êtes TOUS naïfs Mesdames et Messieurs les Ministres ! Vous avez TOUS suivi le dictat des idéologues de l'Anti-sanction à l'école ! Vous n'y dirigez plus rien depuis longtemps...

Réécoutons cet exemple fort dogmatique d'un ancien ministre (alors délégué) de l'Education nationale, M. Darcos, dans le quotidien Sud Ouest du 16 octobre 2003 : il y déclara sa flamme à une école espace-ressource à l'usage de toute la population, à l'image d'un centre culturel ou un équipement associatif.
  Les actuelles intrusions violentes dans les écoles ne sont pas le pur fruit du hasard.

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